Pourquoi ressent-on le besoin de marcher quand on est au téléphone ?

Woman using phone

La bonne question. – Faire des allées et venues dans son salon ou dans la rue en passant un coup de fil est un comportement fréquent. Mais pourquoi, au juste, faisons-nous les cent pas en téléphonant ?

En ce moment

Vous ne sauriez pas l’expliquer mais force est de constater que lorsque vous êtes au téléphone, vous marchez. Et ce sans même vous en rendre compte. Vous n’êtes d’ailleurs pas la seule. Peu importe l’interlocuteur au bout du fil, bon nombre d’entre nous peinent à rester en place et se mettent en mouvement, le portable vissé à l’oreille. S’il n’existe aucune étude sur le phénomène, certaines pistes sembleraient l’expliquer. Trois professionnels nous aident à comprendre.

Augmenter son attention

Pour la majorité d’entre nous, déambuler dans le salon ou dans la rue permettrait de se concentrer davantage et d’améliorer la réflexion lors d’un coup de fil. «L’activité motrice telle que la marche stimule l’éveil cérébral, le mouvement redonne de l’attention», précise Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale et spécialiste des émotions à l’EM Lyon. Dans le cas des enfants atteints de troubles déficitaires de l’attention / hyperactivité (TDAH), des chercheurs américains ont ainsi constaté lors d’une étude de 2015, que le mouvement favorisait leur concentration.

Évacuer la charge émotionnelle

Plus le contexte émotionnel est important, plus l’on va s’agiter

Marion Luyat, professeure de psychologie N’oublions pas que la marche «permet de dissiper l’énergie, comme lorsque l’on attend un coup de téléphone et que l’on tourne en rond, que l’on a besoin de faire quelque chose», informe Jean-Jacques Temprado, professeur à l’Institut des sciences du mouvement à l’Université Aix-Marseille.Faire les cent pas durant un appel permettrait également d’évacuer un trop plein d’émotions lié à l’interlocuteur ou à la thématique de la conversation. «À l’époque de la Préhistoire, nos ancêtres des cavernes adoptaient déjà la marche pour évacuer le stress ressenti face à un danger», souligne Christophe Haag. «Plus le contexte émotionnel est important et plus l’on va s’agiter», ajoute Marion Luyat, professeure de psychologie à l’Université de Lille. Le mécanisme est simple : si l’enjeu de l’appel est grand, si l’on est mal à l’aise, angoissé ou en train de mentir à l’autre, «le cerveau se retrouve en surcharge cognitive», complète le Pr Haag. Pour se décharger, il va tonifier certaines parties du corps comme les jambes, et nous allons nous mettre en mouvement. Marcher peut aussi permettre d’évacuer une certaine impatience.

Imitation de l’interlocuteur

De manière inconsciente, le cerveau peut capter des indices indiquant un mouvement chez notre interlocuteur et provoque alors le déplacement. «C’est ce que l’on appelle la contagion émotionnelle», indique Christophe Haag. Pour sa part, le Pr Temprado suppose une «mise en empathie» pour la personne de l’autre côté de l’appareil. Comme lors d’un échange en face à face : «Si on analyse les changements de position et les symétries de mouvements de deux personnes qui discutent ensemble, on s’aperçoit qu’elles synchronisent inconsciemment leurs postures et leurs gestes».


Merci à Mélodie Castan

Madame Le Figaro
recherche par: marcelrichardjunior@gmail.com